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ESPAGNO_Jean-Francois

LES RISQUES QUAND ON FAIT CONSTRUIRE, QUELS SONT-ILS ET COMMENT S’EN PRÉMUNIR ?     2° partie

Faire construire (sa maison individuelle ou d’autres travaux…) est une très belle aventure que l’on aborde avec un grand plaisir, voire avec enthousiasme. On change de cadre de vie, on aura un environnement tel qu’on l’a choisi et même souvent, rêvé. Parfait.

Mais cette aventure comporte des écueils qui peuvent être graves et dont il faut se prémunir. Mieux vaut donc être averti pour que l’aventure soit belle et son aboutissement heureux.

Nous avons vu dans l’article précédent les risques liés aux engagements que l’on prend, c’est à dire savoir à qui l’on s’adresse. Voyons maintenant les risques de malfaçons dans la conception et la réalisation des travaux.

Bien entendu, votre Architecte d’Aujourd’hui sera là pour veiller à vous éviter tous ces risques.

2° partie – les risques de malfaçons dans la construction

 

Quels sont ces risques?

Ils sont essentiellement de 2 sortes :

  • Risques de non-conformité juridique, telle que le non-respect de règlements,
  • Risques de malfaçons dans la réalisation des travaux.

 

RISQUES DE NON-CONFORMITÉ JURIDIQUE DANS LA CONCEPTION DES TRAVAUX

Les diverses lois, arrêtés, règlements de tous ordres dans la construction, sont tellement nombreux qu’il parait illusoire d’entreprendre d’en dresser la liste exhaustive. Donnons-en seulement un aperçu :

 

Règles législative générales, telles qu’elles résultent des différents Codes qui nous régissent.

Et en premier lieu, le Code de l’Urbanisme et de la Construction.

La première information à obtenir est bien sûr celle des règles d’urbanisme contenue dans le PLU (Plan Local d’Urbanisme) ou équivalent. D’autres règles peuvent aussi s’imposer, telles que celles du PPR (Plan de Prévention des Risques). En pratique, il faut interroger la Mairie du lieu où l’on construit, pour bien faire le tour du problème car c’est elle qui délivre les autorisations d’urbanisme.

Vous devrez aussi respecter les nombreux règlements, tels que : règlementation thermique (RT2012, probablement bientôt modifiée), règlementation acoustique (attention, car souvent les travaux nécessaires sont délicats à concevoir correctement), normes d’hygiène (aération, matériaux, assainissement,…), normes de sécurité (garde-corps, incendie,…), normes sismiques (la jurisprudence montre qu’un juge peut ordonner la démolition d’une maison de respectant pas ces normes), l’accessibilité par les personnes handicapées (qui peuvent s’appliquer même à une maison individuelle) ; et aussi des règles locales, telles que la protection contre des insectes (termites,..), etc.

 

Règles législatives ponctuelles qui ne s’appliqueraient que sur votre terrain ou à votre opération. Il s’agit par exemple de servitudes dont vous devrez vérifier l’existence, ou de la limite exacte de votre propriété sur laquelle vous ne devez avoir aucun doute. Un réflexe de bon sens sera de bien lire, votre architecte et vous, votre acte de propriété pour déjà vérifier l’essentiel.

À ce propos, il est important de souligner qu’obtenir un Permis de Construire ne vous donne pas le droit dans tous les cas de réaliser la construction projetée. Avec un permis de construire, l’Administration (le Maire, en l’occurrence) vous indique qu’elle ne s’oppose pas à la construction car elle estime que le projet est conforme aux règles d’urbanisme en vigueur. Mais des contraintes de droit privé, telles que des servitudes existant sur votre terrain, peuvent empêcher cette construction. Un « permis de construire » doit être plutôt considéré comme étant seulement une « non-interdiction de construire » de la part du Maire

 

On voit qu’il y a donc toute une collection de règles et règlements qui doivent être connus et qui demandent que le professionnel à qui vous confierez votre opération de construction ait de solides bases juridiques.

                                  

RISQUES DE MALFAÇONS DANS LA RÉALISATION DES TRAVAUX

Conception de l’ouvrage

Les travaux nécessitent des plans techniques et une description détaillée des travaux.

Vous devez avoir en mains ces documents, pour savoir ce que vous achetez réellement.

Les plans techniques sont, a minima : étude de sol, plan de la structure, des planchers (y compris celui du soubassement), de la charpente, des menuiseries, et les plans de Coupes détaillées (une Coupe par type de profil de la construction : habitation, garage,…).

La description des travaux (CCTP : Cahier des Clauses Techniques Particulières) doit se faire par un document rédigé sur une quinzaine ou vingtaine de pages au moins pour une maison individuelle, par exemple. Ce CCTP doit être précis, mais autant que possible clairement lisible par un néophyte, on devra donc essayer d’éviter les mots trop techniques, le jargon professionnel. Votre Architecte d’Aujourd’hui vous l’expliquera en détail.

Le professionnel chargé de votre construction ne doit rien avoir à (vous) cacher, il doit vous remettre tout ce dossier, CCTP et tous les plans.

Il vous sera aussi très utile d’avoir en mains les devis des artisans, pour bien voir le détail de leurs engagements, pour savoir ce qu’ils comptent effectivement réaliser, et si vous le voulez, pour prendre l’avis de professionnels de la construction que vous pourriez connaître par ailleurs. Là aussi, il n’y a aucune raison de vous cacher les devis d’artisans ou de sous-traitants qui sont des éléments d’information importants (ce qui est prévu, à quel prix, etc.).

 

Réalisation de l’ouvrage

Voyons ces risques de façon chronologique, afin que vous puissiez suivre le déroulement de votre construction. Bien évidemment, chaque  construction étant particulière (ne serait-ce que parce que chaque terrain est différent), nous ne saurions être exhaustifs. Voici plutôt des recommandations d’architecte sur des points auxquels vous n’auriez pas forcément pensé.

 

IMPLANTATION

Une erreur est toujours possible – qui ne s’est jamais trompé dans sa vie ? Or une erreur d’implantation peut être catastrophique si elle entraîne la démolition de la construction, car un bâtiment ne se déplace pas. Mieux vaut donc vérifier deux fois plutôt qu’une !

 

 

 

TERRAIN EN PENTE

Attention lors des terrassements, à ne pas « ouvrir » trop largement le terrain, ce qui risque de le déstabiliser. Et les mouvements de terrain peuvent ne pas se produire tout de suite, mais plus tard si le terrain se gorge d’eau après une période sèche (par exemple, terrassement en fin d’été et affaissement au printemps pluvieux).

Les fondations doivent s’adapter aux terrains en pente. L’homogénéité des fondations est essentielle pour avoir un tassement uniforme de toute la construction, sinon des fissures apparaîtront. Votre Architecte d’Aujourd’hui et l’auteur de l’étude de sol pourront vous informer utilement dans ce cas.

 

LA VÉGÉTATION

Attention à la végétation proche, essentiellement les arbres. Ceux-ci peuvent modifier fortement l’hygrométrie du terrain, donc sa capacité à porter la maison. Et les racines en poussant peuvent faire des dégâts importants : si vous ne pouvez ni abattre les arbres ni déplacer l’implantation, il faudra enterrer une paroi verticale formant écran anti-racines.

 

TERRASSEMENT POUR LES FONDATIONS (FOUILLES)

Il faut suivre les préconisations de l’étude de sol (ce qui demande, bien évidemment, que vous en ayez un exemplaire…). Prévoir un « ancrage » des fondations dans la couche de « bon sol » en creusant d’une vingtaine ou une trentaine de centimètres plus bas que le niveau de ce bon sol.

Penser à vérifier en mesurant la profondeur lorsque les fondations sont creusées (donc avant le coulage du béton) – ce qui suppose que le maçon vous dise très précisément quand il fera ces terrassements : jour et heure.

Un risque important et assez fréquent est une pluie après l’ouverture des fouilles (terrassement pour les fondations) et avant coulage du béton. Le trou, ou la tranchée, va se gorger d’eau, la terre va se gonfler, et le béton sera coulé sur cette terre gonflée. Dans les mois qui suivront (voire après la réception des travaux), le terrain s’asséchant, le tout va « redescendre », provoquant de nombreuses fissures dans la construction. Il faut donc n’ouvrir les fondations (creuser) qu’en étant sûr qu’il ne pleuvra pas avant le coulage du béton ; et il faut avoir commandé le béton pour que le coulage suive immédiatement les terrassements, le jour même, pour qu’il n’y ait pas de risque de pluie à ce moment-là.

 

ARMATURE DES FONDATIONS

Il faut placer des armatures (barres d’acier) dans les fondations. En cas de fondation en « semelles filantes » (des tranchées sous les murs porteurs, à remplir de béton), les armatures sont commandées et achetées directement à des fournisseurs spécialisés. Les barres seront de gros diamètre pour être moins sensibles à la corrosion. Elles seront assemblées par 4 ou 6 barres, sous forme de « poutre ».

D’une façon générale, pour le béton armé, le plus important est la bonne mise en place des armatures (les barres d’acier).

Pour cela, on doit veiller essentiellement à 2 points importants :

  • Le bon enrobage des barres d’acier: celles-ci ne doivent pas effleurer un bord. Il y a des règles de calcul, mais vous pouvez déjà vérifier qu’il ne doit pas y avoir de barre d’acier à moins de 3 cm d’un bord pour les fondations, et de 2 cm pour du béton hors sol. Ces valeurs sont des minimales, il est fortement conseillé de les augmenter si vous voulez avoir une construction qui durera.

Le fond est aussi un bord, cet enrobage demande donc que les armatures soient surélevées du fond de la tranchée, grâce par exemple à des cales posées au fond. Attention au moment du coulage des aciers : les armatures doivent bien rester en place et ne pas être déplacées par la coulée de béton. Leur positionnement doit donc être solide.

  • La continuité des armatures. Les armatures empêchent le béton de se disloquer. Le béton est très résistant quand on appuie dessus, mais il l’est beaucoup moins quand on effectue une traction, quand on tire dessus : c’est pour cela que l’on place des armatures à l’intérieur.

Pour que ces armatures résistent aux efforts de traction, il faut qu’elles soient bien continues. Comme une chaîne qui n’aura de résistance que si elle n’a pas de point faible. Qu’importe qu’une chaîne ait de gros anneaux, si un seul venait à manquer : elle n’aurait alors aucune résistance.

Cette continuité s’obtient avec des armatures prévues de toute la longueur d’une tranchée, ou bien, s’il est impossible de l’obtenir (longueur trop importante, par exemple) en les croisant (encastrées l’une dans l’autre, en quelque sorte) et surtout avec des barres de liaison qui se prolongeront largement dans chacune des armatures jointives. On trouvera ces barres de liaisons à chaque angle, et pour fixer les armatures verticales qui viendront fixer la bâtisse aux fondations (voir l’article « Plancher hourdis ou dallage sur terre-plein » sur ce même site).