par Charles Edouard BERTRAND, Architecte d’Aujourd’hui 

 

 

 

 

Le monde des isolants est très vaste et en perpétuelle évolution. Vouloir faire un choix peut devenir très vite compliqué.

Plusieurs critères sont à prendre en compte pour vous permettre d’orienter au mieux vos choix. Je vous en propose quelques-uns pour vous permettre de vous éclairer mais la liste pourrait facilement s’allonger. Tout au long de cet article, vous constaterez que je fournis quelques exemples pour illustrer mon propos. Cela n’est en rien un choix exhaustif, les matériaux présents à ce jour sont extrêmement nombreux et il m’est impossible de tous les recenser ou les citer.

 

La performance thermique

Certainement le critère qui vient rapidement à l’esprit. Un isolant doit … isoler. Sa performance thermique est évaluée grâce au coefficient de conductivité thermique qu’on nomme  « Lambda ».

C’est la capacité qu’ont les matériaux à transmettre la chaleur. Plus ce chiffre est faible, plus l’isolant sera efficace. C’est un chiffre qui se trouve facilement sur les descriptifs de matériaux isolants et qui est souvent indiqué à côté d’un autre terme, la résistance thermique, appelée R. Une formule lie ces deux chiffres :  où e est l’épaisseur de l’isolant (à exprimer en mètre !).

Vous l’avez compris, plus  est petit, plus R est grand ! Mais aussi plus l’épaisseur du matériau est importante, plus le flux de chaleur qui cherche à le traverser rencontre de résistance et donc plus R est grand…

 

 Ouate de cellulose soufflée en isolation de dalle bois

Quelques exemples d’isolants à très fort pouvoir isolant :

Xénon (λ=0.005)

Argon (λ=0.017)

Aérogel (λ=0.018)

Polyuréthane (λ=0,024)

Laine de verre (λ=0.032 à 0.038)

Fibre de bois ( λ=0.038)

 

Le déphasage et l’amortissement

Oui mais attention à ne pas se laisser embobiner par les chiffres que vantent les fournisseurs d’isolants qui ne vous parlent que de la protection contre le froid. Une notion est très souvent oubliée et pourtant de plus en plus importante, il s’agit du confort d’été. Les isolants ont une capacité plus ou moins importante à contenir et atténuer la diffusion de la chaleur. On parle alors de déphasage (temps écoulé entre le pic de chaleur extérieur et le pic de chaleur intérieur) et d’amortissement (proportion de chaleur extérieure transmise à l’intérieur). Un amortissement de 20% signifie que seule 20% de l’onde de chaleur extérieure parvient à l’intérieur.

Un isolant présentant un bon déphasage demandera 8 à 14h avant que la chaleur extérieure ne rentre à l’intérieure de votre habitation. Cela signifie que la chaleur commencera à entrer pendant la nuit, période où la fraîcheur s’installera à l’extérieure. Et inversement en journée c’est la fraicheur de la nuit qui entrera dans votre habitation. Un bon déphasage permet de diminuer les variations de températures entre le jour et la nuit.

  Amortissement (%) Déphasage (heure)
30cm de laine minérale seule 99 3
30cm de fibre de bois souple 53 7
30cm de fibre de bois haute densité 13 14

Les isolants minéraux (laine de verre, laine de roche) sont très médiocres en terme de confort d’été. Le déphasage est très rapide et surtout la quasi-totalité du flux de chaleur extérieur pénètre à l’intérieur de l’habitation. Vous avez certainement connus une fois dans votre vie ces combles intenables en plein été isolés par de la laine de verre…

Pose d’une isolation soufflée en coton en combles non aménageables

Attention, les valeurs de déphasage et d’amortissement sont différentes lorsque sont pris en compte les matériaux de construction accompagnant l’isolant (parpaing, béton, brique, bois…) et qui jouent un rôle plus important encore dans le cadre de ces deux notions.

La performance phonique

Souvent négligée, elle est pourtant source de nombreux conflits, de perturbations diverses au sein d’une habitation ou d’un groupe de logements. Il s’agit de réduire les bruits d’une pièce à l’autre (mur, plancher) mais également les nuisances sonores extérieures (avions, voitures,…)

                                                                Ajout d’une isolation en sous-face de toiture en panneau de laine de bois pour pallier la mauvaise performance phonique d’un isolant en polyuréthane posé sur support de toiture terrasse.

Un bon isolant phonique est un isolant présentant généralement une densité plus importante.

Les caractéristiques phoniques des matériaux sont exprimées en décibels, dB. On parle d’affaiblissement acoustique (Rw) concernant les bruits aériens. Plus Rw est grand, plus le matériau est efficace.

Pour obtenir un bon résultat, il ne suffit pas seulement de choisir un isolant approprié mais de mettre en œuvre la bonne technique de construction en prenant en compte le système masse-ressort-masse (il s’agit de la loi des masses, vaste sujet que je ne détaillerai pas dans cet article)

Parmi les bons isolants phoniques, on peut citer la ouate de cellulose, la fibre de bois,… Ils sont en fait nombreux ! Plus le matériau est dense, meilleure est son efficacité phonique, mais moins bonne est son efficacité thermique…. Il faudra donc trouver le bon équilibre thermique/phonique…

Les mauvais élèves sont les panneaux de polyuréthanes, polystyrène,…

Le prix

Un des critères les plus importants et faisant souvent pencher la balance (à tort !) est le coût du matériau.

A ce jeu-là, la laine de verre est la reine. Mais seulement à ce jeu-là…

Aujourd’hui de nombreux matériaux plus écologiques ont vu leur coût baisser grâce à une production en hausse mais restent en effet toujours un peu plus chers que la laine minérale. Sur le coût d’une construction neuve, la pose de matériaux isolants tels que la ouate de cellulose, la fibre de bois, la fibre de lin, coton, chanvre représente un surcoût de 2000 à 4000€ environ.

Mais posez-vous la question : ne vaut-il pas mieux réduire la surface de ma maison de 1 à 2m² afin de me permettre pour le même budget de profiter de tous les avantages d’un isolant haut de gamme ?

Je ne peux que vous inviter à consulter un Architecte d’Aujourd’hui qui saura concevoir votre maison aux plus proches de vos besoins et optimiser les espaces afin de vous permettre de vous offrir des matériaux de qualité.

L’environnement – la santé – la nocivité

Je viens de vous parler d’isolant haut de gamme mais j’ai pensé isolant écologique… Parce que cela est également un critère à prendre en compte dans vos choix. Souhaitez-vous utiliser des matériaux renouvelables, recyclables, nécessitant très peu d’énergie grise pour leur fabrication, non nocifs pour votre santé ?

Les champions sont la paille, la chènevotte, le liège, la fibre de bois, la ouate de cellulose en vrac…

Les très mauvais élèves sont le polyuréthane, polystyrène, laine de verre,…

© Cstb. Test de réaction au feu d’une paroi en caissons isolés avec des bottes de paille.

J’ai évoqué la notion d’isolant haut de gamme à tort, car cela fait penser que leur prix est inabordable. Aujourd’hui une ouate de cellulose soufflée coûte quasiment le prix d’une laine de verre. Ces isolants présentent en réalité le meilleur rapport qualité/prix. Leurs performances sont exceptionnelles et cerise sur le gâteau, ils sont respectueux de l’environnement…

J’évoque également la notion de nocivité notamment lors de la pose ou des incendies.

A la pose, ne vous leurrez pas, je vous recommande fortement de porter des protections adaptées (lunettes, masques,…) quel que ce soit le type d’isolant utilisé. Certains matériaux comme les isolants minéraux provoquent des irritations de la peau ou des poumons. Les dangers sont bien connus. Mais attention à la pose d’isolants dits naturels. Les poussières sont importantes (ouate soufflée, panneaux de fibre de bois) et peuvent vous irriter les yeux et les poumons même si j’ignore si les dégâts sont identiques à ceux causés par les isolants minéraux. Par contre vous ne ressentirez pas d’irritation de la peau. Certains matériaux sont même très agréables au toucher comme les mélanges chanvre-lin-coton par exemple.

En cas d’incendie, certains matériaux dégagent des fumées extrêmement nocives, voire mortelles, comme les polyuréthanes, polystyrènes. Ces vapeurs nocives se retrouvent également lors de la coupe à chaud de ces matériaux. Soyez prudents !

D’autres matériaux sont difficilement inflammables, ne propagent pas la flamme ou n’émettent pas de gaz toxiques. On peut citer les fibres de bois, ouate de cellulose.

Enfin certains matériaux sont ininflammables comme le verre expansé, la mousse de verre, la perlite expansée, l’argile expansée…

La performance hygrométrique

Une autre notion importante à prendre en compte est la capacité du matériau à conserver ses propriétés isolantes lorsqu’il subit des variations hygrométriques.

Une habitation est confortable lorsque la température est agréable (entre 18 et 24°C environ selon les saisons) mais également lorsque le taux d’humidité respecte une certaine plage (40-60% environ)

Isolation en botte de paille, mortier chènevotte. Technique GREB

Une maison étanche à la diffusion de la vapeur d’eau (isolant polystyrène par exemple) va empêcher l’humidité de s’échapper. Seule la VMC, si elle est présente et fonctionne, permettra d’en évacuer une partie. Mais vous ressentirez de l’inconfort. Les murs doivent donc permettre à l’humidité de s’échapper et les isolants doivent donc pouvoir effectuer cette tâche sans perdre de leur efficacité.

Il est donc important de comprendre la différence entre un isolant minéral et un isolant végétal.

L’isolant minéral est composé de fibres minérales (fibres de verre par exemple) et d’air. C’est cet air qui donne son pouvoir isolant au complexe d’isolation. Lorsque l’humidité traverse l’isolant, elle vient en remplacement de l’air. Moins d’air, donc moins de pouvoir isolant… Une laine minérale qui devient humide perd tout son pouvoir isolant ! De plus elle va se tasser et ne récupèrera pas son volume initial. Vous l’avez tous constaté dans les combles non aménagés…

Pose de panneaux de chanvre-lin-coton en sous-toiture.

L’isolant végétal est quant à lui composé de fibres végétales (bois, lin, coton,…) et d’air. Là aussi, c’est cet air qui donne son pouvoir isolant au complexe d’isolation. Lorsque l’humidité travers l’isolant, elle va être absorbée par la fibre végétale. L’air reste donc en place et l’isolant conserve ses propriétés thermiques ! De plus la fibre végétale reprend sa forme et le tassement est très peu visible dans le temps.

Bien entendu, si le degré d’humidité devient vraiment trop important (fuite d’eau,…) l’isolant risque de sérieux dommages totalement irrémédiables.

Le type de pose

Enfin, un isolant doit être choisi selon l’élément à isoler. Vous n’utiliserez pas le même élément si vous souhaitez isoler une toiture terrasse ou un mur par l’extérieur, un comble perdu, un vide-sanitaire,…

Les fabricants l’ont bien compris, à chaque support sa spécificité et sa solution.

Sous dalle ou en fondations, vous devrez utiliser des matériaux rigides et imputrescibles (polystyrène, polyuréthane, liège,…). En comble perdu un isolant soufflé est une solution très appropriée. En murs extérieurs sous enduits, les polystyrènes, fibres de bois denses sont des solutions adaptées, en intérieur des panneaux semi-rigides ou souples permettent une pose aisée entre montant bois de maisons ossatures bois par exemple

Isolation en panneaux de polyuréthane sur bac acier.  Revêtement d’étanchéité en EPDM

 

Comme vous pouvez le constater les critères de choix sont très vastes et peuvent vous perdre dans votre décision finale. A vous d’évaluer vos besoins, vos envies, mais en cas de doute, je ne peux que trop vous conseiller de consulter un Architecte d’Aujourd’hui qui saura vous guider et vous proposer les meilleurs isolants répondant à vos critères.

Je vous recommande également un très bon ouvrage qui traite de l’isolation thermique :

« L’isolation thermique écologique » – Jean-Pierre Oliva, Samuel Courgey, aux éditions Terre Vivante.