De la différence entre Maître d’œuvre et Architecte

De jeunes clients m’avaient confié la conception de leur maison sur un terrain très difficile (et quasiment inconstructible : c’était un vrai challenge !) tout en me précisant qu’ils confieraient le suivi des travaux à un ami à eux, maître d’œuvre et entrepreneur.

Ma mission initiale comprenait ainsi la conception,  le permis de construire (tous 2 donc particulièrement délicats), l’estimation précise des travaux (le budget était très serré) ainsi que le dossier de consultation des entreprises à partir duquel le Maître d’œuvre consulterait ses propres entreprises. Ce qui fut dit fut fait : un projet plutôt malin, agréable, fonctionnel, et économique répondant à toutes les contraintes et aux besoins de mes clients, un permis accordé, un descriptif et des plans particulièrement précis avec un quantitatif et un estimatif remis aux clients, …  

Alors que je pensais ma mission achevée,  je reçus quelques semaines plus tard un appel de mes clients m’expliquant que finalement leur ami ne pourrait suivre les travaux, parce que il n’était pas assuré en tant que Maître d’œuvre, contrairement à ce qu’imposait leur assurance Dommage Ouvrage. Un peu surpris qu’on puisse ne pas être assuré pour une telle responsabilité (chez les architectes, le défaut d’assurance est cause de radiation du tableau…), j’ai donc établi pour cette nouvelle mission un devis, serré pour rendre service à mes clients que je savais peu aisés, et qui obtint leur accord.

Je découvris à ce moment là que l’appel d’offres réalisé par le Maître d’œuvre auprès de « ses » entreprises était en fait infructueux, et d’assez loin : le lot charpente ossature bois que j’avais chiffré à 70 000 €HT était à plus de 90 0000 €, le lot électricité estimé à 8 000 € était à 16 000 €, idem pour le lot Plomberie Chauffage, etc… : aucun lot ne rentrait dans l’estimatif pourtant détaillé que j’avais fourni. Pouvais-je m’être trompé à ce point ?

Je m’aperçus alors que le charpentier pressenti par le Maître d’œuvre était en fait une entreprise avec laquelle je venais de terminer une autre opération. En recoupant les prix de mon estimatif avec son marché datant de seulement quelques mois, je constatais que plus rien ne coïncidait  : tous ses prix unitaires avaient augmenté brutalement de 15 à 30 %… Je décidai donc d’interroger ce charpentier pour lui faire part de mon analyse. Un peu gêné, il me répondit qu’il avait établi effectivement un 1er devis à 70 000 € (donc conforme à mon estimatif) mais que le Maître d’œuvre lui avait demandé d’en refaire un autre  à 90 000 € pour qu’il puisse (je cite)  lui « demander un rabais de 10 000 € devant ses clients » et « le payer lui à hauteur de 10 000 €  » pour son travail de maîtrise d’œuvre et en sa qualité d’apporteur d’affaires…

Je dois avouer que j’en suis resté pantois : j’ai compris alors que tout l’appel d’offres était « à l’avenant « – c’est le cas de le dire – et que tous les devis avaient été augmentés artificiellement afin de pouvoir à la fois demander un rabais devant les payeurs (et donc faire croire qu’on leur faisait gagner de l’argent) et prévoir une enveloppe pour le maître d’œuvre (sans que ses clients n’en sachent rien). De plus, le procédé déconsidérait tout mon travail : la conclusion logique que devaient en tirer mes clients, c’est que les architectes ne savent décidément pas faire un estimatif… Le maître d’œuvre était gagnant sur 3 tableaux , et même plus : rien que sur le lot charpente, il se faisait payer plus cher que moi pour la totalité des 10 lots ! D’après mes calculs, la somme qu’il aurait du gagner uniquement pour le chantier était probablement autour de 15 % du montant des travaux, soit le double de mon offre, et cela en toute discrétion, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit…

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y a rien d’illégal dans cette manière de faire des maîtres d’œuvre : si un architecte ne peut être payé que par son client, le maître d’œuvre peut effectivement se faire payer par chaque entrepreneur, en plus de ce que lui paie directement le même client, sans aucune obligation de l’informer et encore moins de l’afficher. La plupart d’entre eux ne s’en privent pas, car cela leur permet d’afficher des taux apparemment très attractifs pour faire croire qu’ils  sont bien moins chers que les architectes, alors qu’ils toucheront au global bien plus. Or, cet argent, c’est leur client qui le paie, … mais sans le savoir. Le procédé est d’autant plus imparable qu’un client est incapable de savoir si une charpente coûte 70, 80 ou 90 000 €…

Pour terminer cette histoire, j’ai réussi à trouver toutes les entreprises qui rentraient dans mon estimatif : le charpentier a refait son offre à 70 000 €, l’électricien l’a baissée à 8 000 €, et j’ai trouvé toutes les autres entreprises qui respectaient l’objectif  : j’ai ainsi fait gagner à mes clients bien plus que mes honoraires de suivi des travaux et bien plus que ce que lui aurait coûté l’opération avec « son » Maître d’œuvre…

Ce que je viens de vous raconter est vrai : si vous voulez, je tiens à votre disposition les estimatifs, les devis des mêmes entreprises… Ce que j’en ai déduit, c’est que les architectes non seulement non seulement font  les meilleurs projets (ils sont les mieux formés et de loin…),  mais en plus ils le font :

– à 25 à 30 % pour moins cher que les Maîtres d’œuvre

– en toute transparence pour le payeur final

– le tout en étant assurés…

Qui dit mieux ?

N’hésitez pas à joindre un Architecte d’Aujourd’hui près de chez vous pour vous accompagner dans votre projet et vous faire gagner de l’argent.


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18 questions sur “De la différence entre Maître d’œuvre et Architecte

  1. Bonjour,
    Dommage je suis très fan de votre site mais la caricature du Maître d’Oeuvre ressemble à celle que certains font des Architectes…
    Il y a de très bons Architectes, d’autres complètement pourris qui signent à la pelle des permis de complaisance en empochant 2000 ou 3000€ pour un coup de tampon !
    J’imagine que c’est pareil chez les “Maîtres d’Oeuvre”, il y a des incompétents, d’autres qui ont bonne réputation depuis 30 ans… La compétence et l’honnêteté ne sont pas toujours proportionnelles au diplôme.
    Ce qui est sur c’est que pour tout projet supérieur à 150 m2, le Maître d’Oeuvre quel qu’il soit passe chez son copain Architecte pour le “coup de tampon à 2000€”, du coup les deux sont à ranger dans le même sac ? 😉
    Et pareil pour les “rétro-commissions”, en tant qu’entrepreneur je vous assure que ce n’est pas une chose courante mais ça peut effectivement arriver, parfois pour un Maître d’Oeuvre ou autre apporteur d’affaire, et parfois pour un Architecte qui ne respecte pas le code… (Jamais entendu parler de sanctions alors que tout le monde connait dans chaque secteur lesquels ne sont pas “clean”, particulièrement les services instructeurs de l’état qui devraient s’alarmer quand une personne seule signe 10 projets par mois, et bien souvent pour des CMI également 😉
    Bravo pour votre site toujours très instructif !

    1. Bonsoir, merci du message.
      Je ne prétends pas du tout que les architectes seraient meilleurs que les maîtres d’oeuvre, notamment vis-à-vis de la morale (ce serait bien bête de dire ça 🙂 ). Je constate qu’en tant que profession réglementée, les architectes doivent respecter un Code de déontologie qui leur impose des règles morales, et c’est très bien.
      Vous parlez des signatures de complaisance (et souvent la signature de complaisance est vendue bien en-dessous de 2000€, c’est souvent 2 à 3 fois moins…) C”est en effet strictement interdit, et il se trouve que l’Ordre fait une chasse assez virulente contre les architectes qui trichent. J’ai fait partie jusqu’à ce mois-ci de la Commission des litiges et pratiques professionnelles de l’Ordre et les signatures de complaisance sont les causes les plus fréquentes des conseils de discipline.
      Mais il faut tenir compte de 2 choses : il est difficile de prouver réellement dans les faits une signature de complaisance, et si c’est bien l’Ordre qui poursuit, ce n’est pas lui qui sanctionne, mais un magistrat. Et ils sont très laxistes, beaucoup trop (presque toujours du sursis…). Donc les architectes ne les craignent pas.
      Les rétro-commissions ne sont pas illégales chez les maîtres d’oeuvre, puisqu’ils n’ont pas de code de déontologie. Chez les architectes, elles ne sont admises uniquement que si le client l’a accepté, par écrit, en toute transparence y compris sur le montant, etc.
      Je pense que nous y viendrons tous de façon généralisée, car les clients ne veulent pas payer un maître d’oeuvre (architecte ou pas) d’un coté et un artisan de l’autre. Je viens de lire ici, ce w-e, un message de quelqu’un qui se plaint que son architecte lui coûte trop cher et qu’il aurait préféré un CMI, alors que l’architecte doit coûter environ (je n’ai pas le chiffre précis, évidemment) la moitié seulement d’un CMI…
      Il faut réfléchir à l’évolution de la maîtrise d’oeuvre dans le “bâtiment”, tout en maintenant son indépendance vis-à-vis des entreprises. Les commissions ne sont pas gênantes tant que le maître d’oeuvre (archi ou pas) reste l’apporteur d’affaire : il reste alors indépendant, pas sous influence. Cdlmt

  2. Bonjour,
    Quelle est la différence entre un architecte classique et un architecte affilié aux architectes d’aujourd’hui ?
    Qu’est-ce que cela apporte à un architecte d’être adhérent aux architectes d’aujourd’hui ?
    Merci pour votre réponse,
    Bonne fêtes de fin d’année,
    Lucien

    1. Bonjour, merci de me donner l’occasion de préciser.
      – un architecte est inscrit à l’Ordre des architectes (vous pouvez vérifier sur : https://annuaire.architectes.org/?region_slug=national
      Attention, beaucoup de personnes se prétendent “architecte” sans en avoir le droit, notamment la plupart des “architectes d’intérieur”.
      Tous les architectes doivent respecter notre Code de déontologie (devoirs professionnels), être dûment assurés, etc.
      Le monde du “bâtiment” est vaste, tous les architectes ne peuvent pas être des spécialistes de tout : constructions publiques, immeubles pour promoteurs, urbanisme, copropriétés, expertises, etc.
      – un architecte d’aujourd’hui est un spécialiste des constructions pour les particuliers : logements, bureaux, bâtiments industriels, etc. (les clients qui ne sont pas des professionnels de la construction). Essentiellement, ils ont :
      ° suivi des formations spécifiques,
      ° un contrat spécial, où par exemple ils s’engagent à faire respecter le budget, strictement,
      ° un réseau d’artisans qui les suit et qu’ils peuvent vous proposer,
      En outre, on est une association, on travaille souvent en relations avec les autres AA, conseils, échanges d’infos (telle que le nom d’un super-artisan), salons immobiliers en commun, bref, on n’est pas isolé.
      Ainsi, en s’adressant à un AA, on sait qu’il s’est donné les moyens de répondre aux attentes des particuliers.
      Cordialement,

  3. Excellente illustration de la jungle que représente le monde du “bâtiment”, où il ne faut s’aventurer qu’en connaissance de cause, en étant guidé par un professionnel fiable, c’est-à-dire un architecte, seul professionnel ayant prêté serment d’agir avec probité suivant le Code de déontologie de notre profession.
    C’est une protection irremplaçable pour nos clients.

  4. @GUIRAL : Bonjour, en tant que thermicien je me permets de vous répondre. Le système Double flux demande un investissement à l’achat mais vous permettra d’économiser sur le long terme en facture de chauffage ou de refroidissement. C’est un système qui se révèlera économiquement efficace lorsque les différences de températures entre l’extérieur et une température de confort d’intérieur seront importantes. A cela s’ajoute une qualité d’air soufflé supérieure grâces aux différents filtres.
    Néanmoins, ce système n’est absolument pas nécessaire en terme de législation mais peut l’être en terme de certification (BBC et/ou BEPOS).
    Dernier point sur le puit canadien : faites attention, l’investissement est très important, et la plus-value pour nos latitude est discutable. Le retour sur investissement peut être très (très) long. Ce n’est qu’un avis, mais je privilégie ce type d’installation pour lutter contre la chaleur d’été plutôt que le froid (relatif en France…) d’hiver.
    En espérant vous avoir aidé.

    1. Merci des précisions. Une réflexion complémentaire :
      Equiper un bâtiment d’une vmc double-flux ou d’un puits canadien ne se décide pas suivant le seul critère de la rentabilité pécuniaire,
      il y a en effet la qualité de l’air entrant dans la vmc double flux, si l’on est dans une métropole, par exemple, ou au bord d’une rocade polluée.
      Il y a aussi “l’envie”, ce qui est très légitime : envie de ne pas jeter dehors de l’air à 20° en plein hiver rigoureux, mais d’en récupérer une bonne partie avant. Envie de ne pas faire marcher la clim’ l’été si un puits canadien nous amène naturellement de l’air plus frais (et moins glacial l’hiver).
      On peut se sentir mieux si l’on a équipé son bâtiment de façon intelligente, avec bon sens. Cdlmt,

  5. Bonjour. POUR UN PROJET DE MAISON PASSIVE DE PLEIN PIEDS DE 120 M2.:
    Faut il absolument prévoir VMC DOUBLE FLUX ou pourrions nous envisager VENTILATION NATURELLE ? couplée avec puits provençal ou canadien ? quels sont les avantages et les inconvénients des 2 solutions de ventilation?
    En vous remerciant

  6. Choisissez un Maître d’œuvre du SYNAMOME, le seul syndicat national regroupant des architectes et Maîtres d’œuvre en bâtiments , assurés, formés et respectant
    Une déontologie très proche de l’Ordre . Il ne faut pas faire l’amalgame dans cette profession .
    Citation du président national du Synamome.
    pour rappel la maîtrise d’oeuvre est une fonction non un métier.
    J’ai de nombreux cas d’exemple dans l’autre sens, mais je ne suis pas pour la polémique.
    Il est grand temps de réglementer cette fonction, car entre les architectes, les Maîtres d’œuvres, les architectes d’intérieurs, les décorateurs, les courtiers en travaux, les entreprises générales qui font du contractant général effectivement c’est un sacré ” Bordel”.Et je ne rajoute pas les CCMI…..
    il y a des personnes très honnêtes dans tout ces métiers, mais nous vivons dans une société ou le profit est plus important que le travail bien réalisé.
    Quand on demande entre 10 et 12 % d’honoraires pour une mission complète est qu’on nous traite de voleurs
    Alors que le petit malin à côté demande 6 % au client est 10 % aux entreprises et qu’il fait la mission
    Cela donne une sacré leçon d’injustice .
    c’est tout, mais il est inutile d’opposer les architectes avec les vrais Maître d’œuvres car nous devrions plutôt travailler mains dans la mains.

    1. Un architecte est un maître d’œuvre mais un maître d’œuvre n’est pas un architecte.
      L’architecte fait 5 ans d’étude, n’importe qui peut être maître d’œuvre sans aucune formation de base dans le bâtiment.
      L’architecte a une déontologie, le maître d’œuvre pas.
      On peut ne pas les opposer mais la comparaison est sans aucun doute à l’avantage de l’architecte

      1. Ca va même un peu plus loin. L’architecte doit être inscrit au Tableau de l’Ordre des architectes. Il a prêté serment d’agir avec probité, suivant notre Code de déontologie, en effet, et il sera sanctionné, voire radié, s’il ne le respecte pas.
        En cas de défaillance, de toute nature et quelle qu’en soit la raison, ses clients peuvent saisir l’Ordre des architectes, l’appeler en garantie. C’est une protection très large et très forte.

  7. Choisissez un Maître d’œuvre du SYNAMOME, le seul syndicat national regroupant des architectes et Maîtres d’œuvre en bâtiments , assurés, formés et respectant
    Une déontologie très proche de l’Ordre . Il ne faut pas faire l’amalgame dans cette profession .

    1. Bonjour, plus précisément, il y a :
      – l’Ordre des architectes, auquel doit être inscrits tous les architectes, ceux qui ont le droit d’en porter le titre,
      – l’Unsfa (parmi d’autres) qui est le plus grand syndicat des architectes – c’est une fédération de syndicats. Il y a beaucoup d’autres syndicats d’architectes, national ou régionaux.
      – Puis d’autres organisations qui regroupent d’autres professionnels de la construction. ce qu’on appelle des “maîtres d’oeuvre” car ils exercent la maîtrise d’oeuvre comme le font les architectes, mais qui n’en ont pas le titre (pas inscrits à l’Ordre des architectes). Le Synamome est un de ceux-là, et il accepte aussi des architectes. Je précise aussi qu’il ne s’agit pas d’un Ordre (pas une profession réglementée).
      Pour le moment, seul le titre d’architecte est théoriquement protégé. Je dis “théoriquement”, car beaucoup de gens se disent “architectes d’intérieur”, alors qu’ils ne sont pas architecte.
      A titre personnel, je pense qu’une réglementation permettant aux clients d’y voir un peu plus clair dans tout ça (maître d’oeuvre, expert, architecte d’intérieur, etc.) serait bienvenue…

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